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Biographie
Ancien élève du lycée du livre et des arts graphiques Maximilien Vox et diplômé de l’École Estienne, Charles Gautier termine une thèse de doctorat à l’Université Paris Descartes. Il enseigne l’histoire et la théorie du design graphique – et des arts graphiques – à l’école supérieure d’art des Pyrénées depuis 2012. Il est aussi enseignant en licence professionnelle à l’École Estienne depuis 2012 et il a été chargé de cours en linguistique à l’Université Paris Descartes (2012-13).
Passionné par les arts graphiques et les sciences humaines, il a l’occasion d’écrire des articles dans diverses revues telles que Graphê, Étapes, Strabic ou Contraintes. Il a également participé à la rédaction d’un livre collectif franco-espagnol intitulé La imagen translúcida en los mundos hispánicos.
En 2016, il a effectué, en collaboration avec Fabrice Mallorca, un commissariat d’exposition consacré aux œuvres graphiques d’Isidro Ferrer au Bel Ordinaire.
Il vit depuis 4 ans entre Bordeaux, Pau et Paris. Entre 2007 et 2009, il a également vécu à Stockholm et Bruxelles.

 

Recherches
On l’oublie parfois mais l’écriture a une double identité : linguistique et iconique ; et si « le voir précède le mot », comme le pense l’écrivain John Berger, elle est même d’abord graphie. Seulement cette graphie, l’habitude, l’accoutumance, nous l’a rendue transparente, invisible. On lit sans regarder les lettres, ni même les mots. Et l’écriture se dissout dans l’écrit, disparaissant au profit de la pensée ou du son, et condamnant ainsi « l’image de l’écrit » à l’oubli. Qui se préoccupe, dans les pays de langue et d’écriture latine, à l’aspect visuel des lettres ? Quelques chercheurs, artistes, graphistes et typographes, ce qui est fort peu en comparaison d’autres cultures notamment en Asie ou au Moyen-Orient. Cette subordination du dessin s’est accompagnée d’un impensé de la forme. Jacques Derrida l’a montré, la philosophie n’a jamais considérée l’écriture comme un objet d’étude digne d’intérêt mais plutôt comme un « outil imparfait » et une « technique dangereuse », un médium qui viendrait « contaminer la langue ». « L’écriture, la lettre, l’inscription, écrivait-il dans De la grammatologie, ont toujours été considérées par la tradition occidentale comme le corps et la matière extérieure à l’esprit, au souffle, au verbe, au logos. » De même, les sciences humaines ont un rapport toujours conflictuel au langage dès lors qu’il n’est pas oral. En dépit des travaux sur l’écriture de chercheurs comme Jack Goody, David Olson, Roy Harris ou Anne-Marie Christin, on estime encore souvent que la graphie n’est pas un sujet sérieux. La publication en 1916 du Cours de linguistique générale n’y est pas étrangère. Rédigé par deux étudiants suisses d’après leurs notes prises lors des cours de leur professeur Ferdinand de Saussure, on peut y lire une forme de dévaluation de l’écriture. Le « signifiant graphique » y est considéré comme un médium secondaire dont l’unique raison d’être est de représenter la langue. Ainsi, les décennies suivantes mettent à l’honneur l’aspect phonétique du langage et, comme le note l’atypique chercheur Joseph Vachek, on tient l’écriture pour un « simple voile recouvrant la configuration réelle d’une langue ». Mais la graphie est-elle seulement un habit pour la pensée ? Est-elle aussi objective et neutre que certains le pensent ou le souhaitent ? Il ne faut pas oublier que le rejet apparent de Ferdinand de Saussure à l’égard de l’écriture est essentiellement circonstanciel. La séparation qu’il opère à l’époque entre la langue parlée et l’écriture détermine et conditionne l’autonomie de la linguistique comme science. La question pourrait être abordée d’un point de vue esthétique, linguistique ou encore anthropologique. Ici, nous souhaitons interroger ses dimensions sociales et politiques. Les liens entre la parole et le politique ont été décrits par Victor Klemperer, par Roland Barthes, par Pierre Bourdieu et d’autres encore. Le pouvoir de l’écrit a fait pareillement l’objet d’une littérature abondante. Qu’en est-il de la graphie ? Est-elle un fait social total ? A-t-elle un pouvoir symbolique ou performatif ? Un pouvoir d’unification ou d’exclusion ? A-t-elle été instrumentalisé par des mouvances diverses ? A-t-elle servis, au 20e siècle, comme la langue, une idéologie, une utopie, un projet politique ? Quel est son rapport à l’histoire et aux contextes politiques ? Que disent les formes graphiques produites sur les modes de vie, les usages et les pratiques d’une société ?

Bibliographie essentielle
· « Isidro Ferrer, vers une esthétique de la translucidité graphique ? », La imagen translúcida en los mundos hispánicos, Charles Gautier et Fabrice Mallorca, éd. Orbis Tertius, coll. Universitas, Val de Saône, 2016, pp. 133-145.

· « Qui commande ? », Contraintes 1, Charles Gautier et Julie Kervégan, 2012, livret 3.

· « La raison graphique », étapes 184, Charles Gautier, 2010, pp. 68-69.

· « Rousseau et l’évolution de l’écriture », Graphê 45, Charles Gautier, 2010, pp. 22-23.

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Biography
Charles Gautier attended the Lycée du Livre et des Arts Graphiques Maximilien Vox and is a graduate of the École Estienne, where he is currently completing a doctoral thesis at the University of Paris Descartes. Since 2012, he has taught the history and theory of graphic design, and graphic arts, at the École Supérieure d’Art des Pyrénées, and is a member of the professional degree courses teaching staff at the École Estienne, as well as being responsible for linguistic courses at the University of Paris Descartes (2012-13).

He is particularly interested in graphic arts and human sciences, and has written articles for a range of reviews including Graphê, Étapes, Strabic and Contraintes. He also contributed to a joint French-Spanish publication entitled La imagen translúcida en los mundos hispánicos.

In 2016, together with Fabrice Mallorca, he curated an exhibition on the graphic work of Isidro Ferrer at the Bel Ordinaire art centre in Pau.

Between 2007 and 2009 he lived in Stockholm and Brussels, and for the past four years he has lived between Bordeaux, Pau and Paris.

 

Research work 
We sometimes forget that writing has a dual identity, both linguistic and iconic, and while “seeing precedes words”, as the writer John Berger said, it is nonetheless initially a written form. Habit and custom, however, have made this written form transparent, invisible. We read without looking at the letters or words. Writing disappears in the written word, in favour of thought and sound, thus condemning “the image of writing” to oblivion. In countries with Latin-based languages and script, virtually no-one pays any attention to the visual aspect of letters — just a few researchers, artists, graphic designers and typographers — unlike in other cultures, notably in Asia and the Middle East. This subordination of drawing goes hand in hand with an absence of thought given to form. As Jacques Derrida illustrated, philosophy has never considered writing as a worthy subject for study but rather as an “imperfect tool” and a “dangerous technique”, or a medium that “contaminates language”. As he explains in Of Grammatology, “Writing, the letter, the sensible inscription, has always been considered by Western tradition as the body and matter external to the spirit, to breath, to speech, and to the logos.”[1] Similarly, the human sciences have always had a conflicting relationship with language when not spoken. Despite works on writing by Jack Goody, David Olson, Roy Harris and Anne-Marie Christin, the written word still frequently fails to be taken seriously. This was already the case in Cours de linguistique générale (Course in general linguistics) published in 1916 by two Swiss students based on their course notes from Professor Ferdinand de Saussure classes, in which writing was already denigrated. It considers the “graphic signifier” as a secondary medium that only exists in order to represent language. Throughout the following decades, therefore, the phonetic aspect of language was given precedence, relegating writing to what the scholar Joseph Vachek expressed as “a simple veil covering a language’s true appearance”. But is the written word merely clothing for thought? Is it as objective and neutral as some would like it to be or indeed think it is? It must not be forgotten that Ferdinand de Saussure’s apparent rejection of writing is largely circumstantial. The separation he made at that time between the spoken language and writing determined and conditioned the autonomy of linguistics as a science. This question has been examined from several viewpoints, namely aesthetic, linguistic and anthropological. Here, however, we have chosen to look at its social and political aspects. Links between words and politics have been written about by Victor Klemperer, Roland Barthes, Pierre Bourdieu and others. The power of writing has also been the subject of many publications. But what about the written word itself: is it a “total social fact”, and has it been used by various movements? Did it serve an ideology, utopia or political project in the same way as language had during the 20th century? What is its relationship with history and political contexts? What do graphic forms tell us about a society’s lifestyles, uses and practices?

 

[1] Translation by Gayatri Chakravorty Spivak.