accueil

Pour dessiner le logo CANAL+, Étienne Robial base sa composition sur un système mathématique fait de 4 carrés juxtaposés qui définissent un rapport de 4 sur 1, permettant de l’appliquer sur les surfaces les plus diverses sans jamais qu’il ne bouge. Dès le départ, il privilégie la combinaison élémentaire blanc sur noir, garantissant un niveau de contraste maximum et optimisant la lisibilité. Cet accord, qui le fascine depuis son enfance, occupait d’ailleurs le cœur de ses recherches de diplôme de fin d’études à l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen (Dominos, 1967).
Il prend toute son efficacité optique grâce aux 6 couleurs qui le complètent, combinées suivant des codes qui cadencent les grandes évolutions de l’habillage.

En 1984, elles sont mises en mouvement par l’ellipse, dont la rotation s’aligne sur celle de l’hémisphère pour symboliser la diffusion de la chaîne 24h/24 : bleu (matin), vert (matinée), jaune (midi), orangé (après-midi), rouge (soir), pourpre (nuit).

A partir de 1995, Etienne Robial introduit une nouvelle dynamique structurée en duos de 64 accords harmonieux. Formés avec soin en diagonales du cercle chromatique, ils se déclinent de manière aléatoire en rectangles 4/3 qui, grâce à 9 positionnements possibles, autorisent plus de 16 millions de configurations. Ces briques polychromes, dont le minimalisme rappelle autant les œuvres de Max Bill, Piet Mondrian, Hans Richter que les Lego, clignotent et se meuvent au rythme de mélodies conçues avec un xylophone par les musiciens Stéphane Saunier et Florent Barbier. Universel et hors du temps, cet identifiant sonore singulier « remplit la même fonction que le noir ».

En 2003, glissements et superpositions introduisent une nouvelle manière de déplacer ces cubes multicolores.
Tout en agissant comme des signaux visuels, ces accords sont également composés au terme d’une réflexion sur les « couleurs psychologiques », alimentée par les traités de nombreux théoriciens qui figurent en bonne place dans la bibliothèque d’Étienne Robial : Johann Wolfgang von Goethe, Traité des couleurs (1810) ; F. Forichon, La couleur, ses manifestations, son rôle dans les arts, ses harmonies. Manuel du coloriste (1916) ; Ellen Marx, Les contrastes de la couleur (1973).

Cette quête de l’antistatisme excède le simple cadre du ludique pour poursuivre un objectif précis : lutter contre la mémorisation. Les déclinaisons du logo Nulle part ailleurs, toujours écrit de façon différente, en sont exemplaires. De cette démarche découle une production polymorphe dont témoignent les nombreux Sony prints qui émaillent la donation. Se substituant au Polaroïd puis à la technique échographique (Sony print thermique), ils permettent de conserver la trace des images antenne avant la généralisation des supports de stockage numérique (disquette puis CD et clé usb). Aujourd’hui, juxtaposés en mosaïques de miniatures, ils dressent le panorama de l’évolution graphique des titres d’émissions au sein des différents habillages, et illustrent sa progressive rationalisation.