accueil

Focus sur... l'identité visuelle de la campagne des écologistes à Lyon avec Faune d'Alice Savoie

Entretien avec Ninon Guinel et Axel Marin, codirecteurs de la campagne des écologistes à Lyon et dans la métropole et Claire Rolland qui a assuré la direction artistique de la campagne du second tour. Ils ont, dans ce contexte, choisi d’utiliser le caractère typographique Faune d’Alice Savoie, commande du Centre national des arts plastiques et de l’Imprimerie nationale.

Comment vous êtes-vous rencontrés et comment s’est déroulée votre collaboration pour l'identité visuelle de la campagne du second tour des écologistes à Lyon et dans la métropole ?

Ninon Guinel et Axel Martin

Notre collaboration a commencé au premier tour des élections municipales en février 2020.

Nous souhaitions publier un document de type journal, différent des outils classiques que nous utilisions (tracts, livrets) afin de diversifier les publics touchés par la campagne. Ce journal fait par Claire avait très bien fonctionné, les retours terrain étaient positifs. Le report du second tour des élections nous a donné le temps de réfléchir plus longuement à notre communication pour l’adapter au mieux au contexte et surtout en fonction des retours que nous avions eu au premier tour.

Nous avons donc choisi de poursuivre la collaboration avec Claire pour la réalisation de toute la communication visuelle du second tour.

Le contexte très particulier nous a obligé·e·s à nous décentrer pour trouver d’autres canaux d’expression. Très vite nous avons choisi de réinventer notre présence dans l’espace public. Avec la crise sanitaire du COVID, Il est devenu impossible de tracter, de faire du porte à porte, de distribuer tout tract de main à la main. Or ce sont bien les actions de campagne par excellence.

Proposer d’autres manières de faire campagne était pour nous le gage de notre capacité à pouvoir gouverner demain dans des contextes inédits. Les candidat·e·s qui n’ont pas su faire campagne autrement ne pourront pas gouverner autrement. C’était notre parti pris. Nous avons donc trouvé d’autres moyens d’être présent·e·s aux yeux des Lyonnais·e·s. Nous avons développé des visuels de rue très forts : de grandes bâches contenant des éléments programmatiques très visuels (avec notamment la création de pictogrammes spécifiques à la campagne), des bâches arrimées à des vélos et donc mouvantes partout dans Lyon…

Nous avons également prévu un kit militant aux couleurs de la campagne afin de protéger l’ensemble de l’équipe du COVID. Les 300 militant·e·s lyonnais·es disposaient donc d’un masque, d’un gel hydroalcoolique (floqué !) et d’un t-shirt.

Claire Rolland

Pour ces journaux de campagne réalisés pour le premier tour, ma proposition visuelle a été d’allier la photographie au texte. La végétation était très présente à travers la photographie, c’était un détail de nervures d’une feuille. Le texte, quant à lui prenait forme dans une typographie très condensée, évoquant la rigueur de l’architecture.

Pour la communication du second tour, le vivant était toujours aussi présent, à travers les portraits des candidats et le choix typographique de Faune, qui s’inspire de la diversité du monde animal. La conception s’est faite durant le confinement (fin mars-début mai). Le contexte inédit et l’attente incertaine nous ont conduit à travailler la forme définitive des supports au dernier moment. Cela nous a demandé de l’adaptabilité, une bonne communication et un effort soutenu. Nous avons ajusté notre méthode de travail à cette urgence, sans baisser notre exigence.

Dans ce contexte inédit, l’équipe m’a confié la conception/réalisation de l’ensemble des documents de Lyon et de sa Métropole (affiches de campagne, profession de foi, bulletin de vote), ainsi que les courriers, les T-shirts, les bâches vélo, le programme, soit plus d’une centaine de supports imprimés. Nous avons également réalisé les outils pour la communication sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook et Twitter). Cela s’est fait en 15 jours environ, pour commencer à communiquer sur le terrain et sur le web deux semaines avant les élections du 28 juin 2020.

 

Qu'est-ce qui a motivé le choix du caractère typographique Faune d'Alice Savoie pour le projet ?

Claire Rolland

S’inspirer de la nature, du vivant, rendre visibles les différences dans un ensemble, ce sont les principes qui ont guidé ma proposition. Le Faune, dessiné par Alice Savoie, m’a paru une évidence. La notion de famille, de diversité, semblait pertinente pour représenter le rassemblement des écologistes. La combinaison des différentes variations permettait de l’évoquer, de marquer une identité plurielle et singulière. 
Plus que la répétition d’un même signe, l’idée était de créer une identité évolutive à travers les mots et les formes, tout en développant une esthétique dépouillée de tout élément superflu. Nous avons épuré les compositions pour que chaque élément trouve sa place et laisse respirer l’ensemble.
Pour rendre le texte plus vivant, j’ai choisi de privilégier les minuscules qui amènent une variation entre les ascendantes et les descendantes intéressante. Elles permettent également une meilleure lisibilité des mots. La majorité des affiches politiques utilisant les capitales, c’était aussi une manière de se démarquer, de nous différencier.

La variante light a été utilisée pour les noms des têtes de liste. Présente sur les affiches officielles, elle occupe la plus grande partie de l’affiche sur les portraits. Le corps du texte est lui composé en regular et en bold, l’italique venant perturber le rythme en petites touches, sur les mots clefs. Un exemple avec le mot Lyon : l’italique permettait aussi d’évoquer la confluence, un élément géographique symbolique de la ville de Lyon et donc de renforcer l’aspect local des élections, un enjeu important.

Ces différentes utilisations possibles ont confirmé le choix du Faune. Nous avons parallèlement imaginé avec Virginie Morgand des illustrations épurées reprenant des éléments emblématiques de la ville pour illustrer les différentes mesures du programme. Pour amener sobriété et professionnalisme, cette variété de formes a été imaginée dans un rapport de couleurs inversé, le vert foncé devenant la couleur dominante, le vert clair et le jaune étant utilisés en petites touches. 

Ninon Guinel

La police Faune a généré bien des débats en interne ! La version italique a eu du mal à trouver sa place auprès de nos militant·e·s. Nos équipes souhaitaient des outils de communication forts, atypiques, tout en gardant une inquiétude sur la réception grand public... Côté équipe de campagne nous avons porté la proposition de Claire en lui faisant confiance, et nous avons bien fait ! Ce caractère typographique a dénoté dans le paysage politique de la campagne, il a apporté du mouvement et une vraie dynamique.

                                                            

Les codes qui sont habituellement utilisés pour ce type de campagne ne l'ont pas été ici, avez-vous eu des retours à ce sujet notamment par rapport à celles menées dans d'autres villes ?

Ninon Guinel et Axel Martin

C’était un véritable choix pour cette élection d’essayer d’avoir une communication décalée, novatrice et pertinente. Notre objectif était de toucher le maximum de personne et en particulier les plus jeunes qui représentent malheureusement la tranche d’âge avec le plus fort taux d’abstention.

Notre projet, basé sur le respect avec le vivant, les solidarités, la protection du climat, la santé est tourné vers le futur et la construction d’un avenir désirable pour les générations futures. C’est cette vision et ces objectifs que nous voulions voir transparaître dans notre communication.

Nous avons eu beaucoup de retours positifs locaux, à la fois du terrain mais également en interne parmi les candidats qui avaient déjà participé à de nombreuses campagnes. Au niveau national, nous avons eu également de très bons retours, en particulier sur la clarté du message. Les gens éloignés de la campagne avait pu ainsi comprendre très facilement le sens, la clarté et la continuité de nos messages.

 

Cette collaboration va t-elle se poursuivre ? 

Ninon Guinel, Axel Martin et Claire Rolland

Oui pourquoi pas ! Des deux cotés, nous sommes très contents de cette collaboration. Les conditions dans lesquelles nous avons conçu et réalisé ce projet étaient particulières mais nous sommes fiers de ce travail d’équipe, visuellement et dans les urnes ! 

 

Interview réalisée par Véronique Marrier, cheffe du service design graphique au Centre national des arts plastiques