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Les quinze caractères typographiques et leurs auteurs

Pour élaborer l'identité visuelle de « Graphisme en France 2014 », Benoît Santiard et Guillaume Grall (Building Paris) ont invité quinze jeunes graphistes et dessinateurs de caractères à participer au projet en leur permettant d'utiliser des caractères typographiques qu'ils avaient créés et qu'ils n'avaient pas encore utilisés. Les projets créés dans ce cadre sont signés « Building Paris & guests ».

Voici l'histoire de ces caractères et les noms de leurs auteurs.


Arena
« Police de caractères initialement développée pour l’identité visuelle de Bercy Arena 2015 (Palais Omnisport de Paris-Bercy) et dans le cadre de mon diplôme de fin d’études intitulé Show type. À l'image de Bercy Arena. L’idée derrière cet outil était la suivante: concevoir une police d’identité capable de rencontrer les attentes particulièrement contraignantes du projet tout en conservant une démarche intelligente de design. Après avoir dessiné un premier jeu de capitales, inspiré des écritures des tickets de spectacles – référence m'autorisant à parler de la salle sans évoquer un genre ou un autre d'événement – j'ai progressivement enrichi le caractère de signes narratifs divers. À l'image des gradins, ces signes sont le reflet d'une composition hétérogène vivante et expressive qui met à égalité les ingrédients de l'entertainment moderne: architecture monumentale, sponsors commerciaux, spectateurs et dessins vernaculaires. » GP

Geoffrey Pellet
Né en 1988, graphiste et typographe indépendant, DSAA Design typographique, École Estienne, Paris, co-fondateur du collectif Large.
www.large.la


Bancal
« Le Bancal est un caractère typographique dessiné de 2010 à 2012. Linéale à la construction géométrique, elle existe dans une graisse unique, relativement épaisse. Elle a la particularité de proposer des chasses alternatives pour dix-huit de ses capitales. Ces légers détraquements permettent de varier les rapports de force entre les différents glyphes, jouer des contrastes typographiques. Le Bancal repose sur ce paradoxe : un dessin aux lignes robustes et rondes dont il est possible de fragiliser l'impact à travers le choix des chasses employées.» JP

Jeremy Perrodeau
Né en 1988, graphiste et typographe indépendant, DSAA Design typographique, École Estienne, Paris, collaborateur au sein du studio deValence.
www.jeremyperrodeau.com


Chitin
« Le Chitin a été dessiné en 2011 pour une monographie de Jean-Louis Costes. Le projet a vu le jour en 2012, bien que je m’en sois retiré et que ma maquette soit restée inutilisée.
J’ai fini par opérer un parallèle entre Costes, personnage romanesque de jeune catho devenu aventurier rebelle, et Tintin. Ainsi j’ai dessiné le Rastapopoulos qui est une « typisation » des lettres tirées des phylactères de la bande dessinée, pour le texte courant. Mais je ne pouvais nier (pour reprendre les mots d’Artaud) cette « intense circulation de sang et d’excréments », qui avaient largement contribué à la construction de la légende de ce musicien à l’œuvre protéiforme. D’un point de vue typographique, il m’est apparu plus juste et amusant de décliner la typographie de titrage dans une graisse qui par mimétisme pouvait avoir le même genre de place dans une classification que celle qu'occupe Costes dans la culture de notre époque. » TR

Thibaut Robin
Né en 1983, graphiste indépendant, DSAA Création conception option communication visuelle, École Supérieure d'Arts Appliqués de Bourgogne, Nevers.
www.thibautrobin.com


David
« David est un caractère sans empattement d’apparence robuste et stable, mais qui garde un esprit frondeur, à l’image de ses compagnons de fonderie. Il ne craint pas les difficultés et s'est donc doté d'une italique dessinée sur mesure. Devant la diversité de l’offre typographique, David se dresse seul, tel la statue homonyme sculptée par Michelange dans un bloc de marbre rejeté jusque-là par d’autres à cause de ses défauts. Cette statue fut placée devant le palazzo Vecchio pour symboliser la détermination de la jeune république florentine face aux tyrans alentours. Soutenu par une famille élargie de 6 graisses, bien campé, d'une chasse ample, le caractère David tient tête aux géants sans pitié et aux Philistins de tout poil. » ÉR

Émilie Rigaud
Née en 1985, graphiste et typographe indépendante, Master Typeface design, Université de Reading, Grande-Bretagne, Master Design graphique, École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, Paris
Fondatrice de la fonderie A is for Apple.
www.aisforapple.fr


Feu Bold
« Le Feu est un caractère géométrique sans empattement. Il a été dessiné pour les couvertures des ouvrages de la maison d’édition le Feu Sacré, pour laquelle nous sommes en charge de l’identité graphique et de la conception des ouvrages. Il a été conçu par contraste et en réaction envers le Thermidor, caractère à empattement dessiné pour les pages intérieures, et inspiré d’un alphabet dit « Elzévir » de Charles Beaudoire, de la fin du XIXe siècle. Tout comme le Thermidor, le Feu est un caractère dessiné dans un contexte précis, et n’a donc pas vocation à être commercialisé. La version bold prêtée à Building Paris est une première variation qui sera suivie par les versions Oblique et Bold Oblique. Pour le Feu Sacré, nous n’utilisons pour le moment que le Medium. » B-R

Thomas Bizzarri
Né en 1984, graphiste et typographe indépendant, Master Typographie, La Cambre, Bruxelles, collabore avec le graphiste Alain Rodriguez.

Alain Rodriguez
Né en 1984, graphiste indépendant, DNSEP Communication graphique, École Supérieure des Arts Décoratifs, Strasbourg, collabore avec le graphiste Thomas Bizzarri.

www.bizzarri-rodriguez.com


Ganeau
« En matière de création typographique, deux problématiques s’imposent toujours au designer: celle, d’une part, concernant la lisibilité - relative au confort de la lecture - et celle, d’autre part, relative au dessin - d’ordre plus esthétique que pratique. Si ces deux points de départ peuvent s’avérer contradictoires à bien des égards, Sandrine Nugue a cherché à les considérer ensemble. S’appuyant sur des études menées par Roger Excoffon, elle s’est intéressé à la notion de corps optique; notion qui veut hiérarchiser les corps typographiques en fonction de leurs usages. L’enjeu de son projet a donc été le suivant: obtenir le meilleur rapport confort/expressivité au sein d’une même famille de caractères dédiés à des usages différents. La catégorie des latines qui recouvrent, dans la classification de Francis Thibaudeau datant de 1924, différents modèles à empattements, présentait une étendue de formes intéressante vers laquelle s’orienter. Le Ganeau, dont le nom rend hommage à l’auteur du Vendôme, caractère expressif en outre supervisé par Roger Excoffon, résulte de la répartition mesurée des attributs typographiques au sein d’une famille de trois corps (titre, texte et légende). L’amplitude formelle entre chaque variant est nette. Construits “autour” du caractère de texte – doté d’empattements triangulaires utiles à une lecture continue – les formats de titre et de légende sont des incises adaptées à leurs usages respectifs. L’une est sophistiquée, l’autre rudimentaire. Enrichi d’italiques, le Ganeau réussi le pari d’équilibrer avec justesse le rythme et la constance que mérite toute mise en forme du texte. »

Extrait d'un article de Geoffrey Pellet paru dans le magazine Étapes n° 216, novembre 2013. Le Ganeau Bold a été ajusté par la suite, notamment pour le projet de «Graphisme en France 2014». Sandrine Nugue a approfondi la recherche autour du corps de titre (celui qui donne le plus de libertés formelles de par son usage) en cherchant à le rendre plus massif tout en conservant son élégance.

Sandrine Nugue
Née en 1985, graphiste et typographe indépendante, post-diplôme Typographie & langage, École Supérieure d'Art et de Design, Amiens.
www.sandrinenugue.com


Ivan
« Le Ivan est une police de caractères qui a été spécialement conçue pour l’identité visuelle du Disc Jockey Ivan smagghe. Il a été pensé et dessiné de façon à évoquer la richesse et la singularité musicale de l’artiste français. L’alphabet propose un arrangement entre des formes typographiques diverses; lettres géométriques, lettres cursives, lettres bâtons, lettres altérées. L’emplacement habituellement réservé aux lettres capitales a été utilisé pour fournir un jeu d’alternates aux bas de casse. Cette double absurdité typographique - mélange des formes, mélange bas de casse, capitales – a pour intérêt de produire un gris typographique singulier, puissant et cinétique; idéal pour signifier la musique électronique de notre temps. Ce projet typographique a été initié avec Simon Renaud dans le cadre de mon stage chez A is a name en 2011, puis développé par mes soins au cours de ces dernières années. » GB

Gauthier Boutrou
Né en 1989, graphiste et typographe indépendant, DNAP Communication graphique, École Supérieure des Arts Décoratifs, Strasbourg.


Le Quartier
« Le Quartier est une fonte sans empattement qui apparait dans sa première version en 2008 lors de mon diplôme. La fonte est alors utilisée pour donner une voix graphique aux habitants du quartier de la coudraie (situé dans la ville de Poissy, Yvelines) en passe d’être démolie. Le dessin a ensuite évolué afin de servir de plus larges usages. La chasse fixe devient alors variable, et la base géométrique de construction devient plus souple. À partir de 2009 les bas de casse font leur apparition ainsi qu’un jeu de petites capitales. Depuis 2011 les caractères ont pris leur forme définitives, mais de nombreuses options Opentype sont développées pour enrichir les possibles. Bien que sa destination initiale soit prévue pour des affiches, elle a aussi trouvé sa place dans de nombreux livres comme éléments de titrage. » YC

Yorel Cayla
Né en 1984, graphiste indépendant, DSAA Création conception option communication visuelle, École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art, Paris.
www.yorelcayla.fr


MPC Razor Bold
« MPC est un caractère généré à l'aide de MetaFont, programme de description de glyphes du début des années quatre-vingt créé par Donald Knuth. Les lettres sont tracées à l'aide d'une plume virtuelle et leur construction s'articule autour d'un tracé central plutôt que par le contour comme c'est le cas avec Postscript. MPC, pour Most Pleasing Curves, est le nom du programme interne à MetaFont en charge du calcul et du tracé des courbes. Il les définit comme étant l'expression de 5 critères: l’invariance, la symétrie, la localité, l’extensibilité et la rondeur. Lors de la programmation du caractère MPC les tracés ont été exécutés avec le moins d'indications possibles. Le résultat est une sorte de production ‘par défaut’ du programme MetaFont, avec ce qu'elle véhicule d'aberrations, de perfections technologiques, de paradoxes, et de questions sur la forme de notre alphabet dans notre espace technologique. » DV

David Vallance
Né en 1989, étudiant, 5e année, DNSEP Design graphique, École Supérieure d'Art et Design, Valence.
www.davidvallance.com


Parangon
« Le Parangon est une famille de caractères conçues pour une exposition de la bibliothèque d'Amiens intitulée “Pierre-Simon Fournier et la Typographie des Lumières”. Elle a été réalisée en novembre 2012. Pour la communication et la scénographie de cet événement, Sandrine Nugue a conçu des outils typographiques sur mesure: trois niveaux de lumières différents, en référence à la typographie innovante et ornementale de son inspirateur. Le 2 Point de Petit Parangon, gravé en 1745 par Pierre-Simon Fournier, a servi de référence. Ce dessin est le plus grand corps existant car il est destiné aux lettrines des débuts de paragraphes (et donc uniquement constitué de capitales). Cette nouvelle création comporte une version “pleine” (noire), une version “éclairée” (celle utilisée pour “Graphisme en France 2014”) et une version “contour”. Ces trois styles combinés mettent en place une hiérarchie sur la base de la lumière, soit le rapport entre le blanc et le noir. » SN

Sandrine Nugue
Née en 1985, graphiste et typographe indépendante, post-diplôme Typographie & langage, École Supérieure d'Art et de Design, Amiens.
www.sandrinenugue.com


Roger
« La police de caractères Roger a été conçue dans la cadre d'un diplôme de Design typographique à l’École Estienne. Initialement intitulée Bib, elle a été dessinée dans l’optique d’une recherche d’identité visuelle globale pour le réseau des bibliothèques municipales de la Ville de Paris. La création d’une famille de caractères dédiée à l’ensemble du réseau de service public a pour objectif d’installer une identité typographique et de permettre la distinction des collections spécialisées et des collections jeunesse en leur donnant une couleur propre grâce à des variants spécifiques. La police, fonctionnelle et lisible grâce à sa grande hauteur d’œil et à ses contre-formes ouvertes, se distingue par sa chasse large et son allure ronde. Le caractère Roger Light correspond aux bibliothèques spécialisées, portion du réseau qui accueille des collections dédiées à une thématique particulière comme, par exemple, la bibliothèque Forney qui conserve des collections d’arts décoratifs et d’arts graphiques. » EB

Emmanuel Besse
Né en 1988, graphiste et typographe indépendant, DSAA Design typographique, École Estienne, Paris, co-fondateur du collectif Large.
www.large.la


Rubeus
« Police de caractères née à l’occasion d’une recherche dans le cadre de la consultation pour l’identité de l’exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier en 2013. L’enjeu était de dessiner un caractère aux proportions troublantes à tout point de vue. La chasse comme la hauteur des capitales sont indifférents au modèle Romain traditionnel tandis que les pleins et les déliés sont inversés. » GP

Geoffrey Pellet
Né en 1988, graphiste et typographe indépendant, DSAA Design typographique, École Estienne, Paris, Co-fondateur du collectif Large.
www.large.la


Sobre
« Sobre et un alphabet imaginé par Julien Lelièvre et développé par Antoine Stevenot pour le projet de refonte de l'identité visuelle de l'Institut Français de la Mode - IFM, Paris.
Ce qui a été proposé dans ce projet: l’abandon de l’ancien logotype au profit d’un typogramme explicite et une charte graphique déclinée sur la cohabitation de deux typographies: le Times New Roman et le Sobre, une libre interprétation du Times dénuée de tout artifice et de tout empattement. Le Times servant en interne à l’IFM pour concevoir une grande quantité d’éléments de communication (posters, bons de commande…) et le Sobre servant à les signer. De cette adéquation avec/sans empattements devait naître une esthétique radicale, agrémentée par une déclinaison colorée et une mise en avant du fond photographique de l’IFM. » JL

Julien Lelièvre
Né en 1979, graphiste et photographe indépendant, DSAA Création conception option communication visuelle, École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art, Paris
www.julienlelievre.com

Antoine Stevenot
Né en 1985, graphiste et typographe indépendant, DSAA Design typographique, École Estienne, Paris, collaborateur au sein du studio Maquette & Mise en page.


Ziggy
« Le Ziggy est un caractère de titrage, dessiné dans une graisse unique et décliné uniquement en capitales. Il est librement inspiré des inscriptions peintes sur les coques de bateaux (navires de commerce, bateaux de pêche, etc.). L’intérêt de ces lettrages, généralement réalisés à la main et à grande échelle, réside dans leur approximation et la maladresse de leur exécution. Ces “hérésies” typographiques ont été volontairement conservées afin de ne pas abstraire le caractère de son contexte d’origine. Le Ziggy combine plusieurs partis-pris formels : un contraste pleins/déliés inversé, des chasses quasi identiques et des structures de lettres modulaires. Ce mélange des genres donne au Ziggy un aspect “brutaliste” doublé d’un air bonhomme. » MF

Maxime Fittes
Né en 1985, Graphiste et typographe indépendant, DSAA Design typographique, École Estienne, Paris, collaborateur associé au sein du studio Chevalvert.